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Base Ortho : une innovation de terrain qui transforme la prise en charge en traumatologie d’un territoire

25 juin 2026

L’ORU Nouvelle-Aquitaine souhaite mettre en avant les initiatives inspirantes mises en place sur le territoire néo-aquitain. Découvrez Base Ortho, une innovation qui répond directement aux besoins du terrain.

Un constat de terrain à l’origine du projet

Au Centre Hospitalier d’Angoulême, une initiative née d’un besoin concret a transformé en profondeur l’organisation de la traumatologie de Charente. Baptisé Base Ortho, cet outil numérique, imaginé par le Dr Adrien Drouinaud, illustre comment une réponse simple peut améliorer à la fois la qualité des soins et le quotidien des professionnels.

Dans un territoire où un seul établissement public dispose d’un plateau technique de traumatologie, les flux de patients convergent vers le CH d’Angoulême de fait. Cette situation a progressivement mis en évidence plusieurs limites organisationnelles. « On avait des patients qui arrivaient sans être attendus, avec des diagnostics parfois incertains, et des équipes qui perdaient beaucoup de temps à échanger des informations » explique Adrien Drouinaud.

Mais au-delà de ces enjeux logistiques, un autre écueil a été identifié : celui de l’hétérogénéité des niveaux de formation en traumatologie, notamment dans les établissements périphériques, et favorisant un surtriage des patients vers le centre de recours départemental.

Un besoin d’harmoniser les pratiques sur le territoire

Dans les hôpitaux périphériques, les médecins urgentistes et les internes ne sont pas toujours spécialisés en orthopédie traumatologie. Beaucoup sont amenés à intervenir ponctuellement, parfois dans le cadre de remplacements, sans connaissance approfondie des pratiques locales ni des spécificités de la spécialité. « Les urgentistes de notre hôpital sont habitués à travailler avec nous, mais dans les autres établissements, ce sont souvent des médecins qui tournent et qui ne connaissent pas forcément nos attentes. Cette situation peut rendre le diagnostic plus complexe et générer des incertitudes dans la prise en charge. Elle entraîne également de nombreux échanges entre professionnels pour compléter les informations manquantes. » souligne Adrien Drouinaud. 

Dans un premier temps, la réponse envisagée a été de former ces équipes. « Je me suis dit que j’allais former les urgentistes à la traumatologie orthopédique, pour qu’ils aient les bons réflexes » , explique-t-il. Une initiative utile, mais rapidement confrontée à une limite structurelle : le renouvellement constant des équipes. « Tous les six mois, il faut recommencer. Les internes changent, les remplaçants aussi. Ce n’est pas une solution durable » constate Adrien Drouinaud.

De la formation humaine à un outil accessible en continu

Face à cette réalité, une nouvelle approche s’impose : plutôt que de dépendre uniquement de la transmission humaine, il devient nécessaire de rendre le savoir disponible en permanence.

C’est dans cette logique qu’est né Base Ortho. L’outil a été pensé comme un support pédagogique et opérationnel, capable d’accompagner les professionnels, quel que soit leur niveau d’expertise. « L’idée, c’était que même quelqu’un qui ne connaît pas bien l’orthopédie puisse s’y retrouver facilement » explique Adrien Drouinaud.

En centralisant les informations essentielles et en structurant les conduites à tenir, Base Ortho permet de sécuriser les prises en charge tout en limitant les incertitudes liées au manque d’expérience, et de favoriser la juste orientation des patients.

Un outil conçu par et pour le terrain

Base Ortho est aujourd’hui une base de connaissances accessible en ligne et sur smartphone. Elle propose, pour chaque pathologie traumatique, une lecture claire et standardisée des conduites à tenir avant l’arrivée du patient dans le service spécialisé. 

« L’objectif n’était pas d’expliquer comment opérer, mais de standardiser tout ce qui se passe avant. Diagnostics, examens à réaliser, critères de gravité ou encore conditions de transfert : chaque étape est détaillée pour permettre aux professionnels de prendre des décisions rapides et adaptées, même dans un contexte d’urgence.» précise Adrien Drouinaud.

L’outil intègre également des éléments visuels et pratiques, facilitant la compréhension et l’appropriation, notamment pour les praticiens moins expérimentés.

Si Base Ortho fonctionne aujourd’hui, c’est grâce à la démarche collective qui a accompagné sa construction. Pendant plus d’un an, les équipes ont travaillé à définir des conduites à tenir communes, validées à l’échelle du territoire. Ce travail de fond a permis d’harmoniser les pratiques, mais aussi de renforcer la cohésion entre les professionnels, autour d’une vision partagée de la prise en charge en traumatologie.

Des bénéfices concrets pour les professionnels

Sur le terrain, les effets sont rapidement perceptibles. Les échanges entre établissements sont plus fluides et mieux structurés, et le nombre d’appels diminue significativement. Adrien Drouinaud explique : « Avant, pour un même patient, on pouvait avoir plusieurs appels pour obtenir toutes les informations. Aujourd’hui, on les a quasiment toutes dès le premier contact. »

Pour les équipes de garde, le gain est particulièrement notable, notamment pour les internes non spécialisés en orthopédie : « C’est eux qui utilisent le plus l’outil. Avant, ils m’appelaient pour chaque patient. Aujourd’hui, il y a un énorme filtre. On a réduit d’au moins la moitié, voire des deux tiers, les appels. Et surtout, ce sont désormais des appels pertinents. »

Un projet collectif structurant inspirant

Aujourd’hui, l’outil suscite l’intérêt au-delà du territoire. Cependant pour Adrien Drouinaud un point est essentiel : Base Ortho ne peut pas être transposé tel quel. « L’outil fonctionne parce qu’il est adapté à notre organisation. Il faut absolument le construire en fonction de son propre territoire », insiste-t-il.

En revanche, la démarche est pleinement reproductible. En partant des besoins locaux et en impliquant les acteurs concernés, d’autres territoires peuvent s’en inspirer pour améliorer leurs propres organisations.

maellie // 25 juin 2026
ORU NA