Bientôt dix ans déjà ! L’ORU Nouvelle-Aquitaine souffle bientôt sa première décennie, l’occasion idéale de revenir sur son histoire et ses grandes évolutions. Aux commandes depuis les débuts, Patricia Siguret, coordinatrice administrative, et le Dr Laurent Maillard, coordinateur médical, racontent la genèse de l’observatoire, son virage stratégique et les défis qui l’attendent pour continuer à accompagner les urgences de demain.
Pouvez-vous nous raconter la genèse de l’ORU Nouvelle-Aquitaine ?
Patricia Siguret, coordinatrice administrative :
L’ORU Aquitaine a démarré en 2013. En 2016, les ORU d’Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin ont fusionné pour former l’ORU Nouvelle-Aquitaine. Cette fusion a permis d’harmoniser les pratiques régionales autour d’une mission claire : accompagner les services d’urgence, notamment via la collecte et l’analyse des RPU (résumés de passage aux urgences).
Dr Laurent Maillard, coordinateur médical :
J’ai participé à la création de l’ORU NA. L’idée était d’apporter une vision claire aux établissements sur leur activité et sur leur territoire et de leur permettre d’anticiper les besoins en organisation, en capacités et en parcours patient. Nous avons aussi travaillé très tôt sur les modalités de la fusion des trois ORU qui a été un tournant stratégique pour professionnaliser la gouvernance et les outils d’observation.
Quelles sont vos missions respectives aujourd’hui ?
Patricia Siguret :
Je suis coordinatrice administrative. Je gère l’ensemble de la partie administrative, financière, RH, sociale, mais aussi les relations avec les partenaires, les instances, les établissements de santé. Et je coordonne les trois grands services de l’ORU : le ROR, la cellule Data, et la Gestion Territoriale des Lits (GTDL). Beaucoup de sujets à aborder !
Dr Laurent Maillard :
De mon côté je suis coordinateur médical. Mon rôle est d’identifier les réalités de terrain dans les structures d’urgence, de proposer des outils pour accompagner les responsables de service, les directeurs d’établissement et les partenaires institutionnels. L’idée, c’est d’avoir une vraie vision du territoire pour anticiper les besoins, structurer les parcours, et proposer des organisations adaptées.
Comment vos missions ont-elles évolué en 10 ans ?
Dr Laurent Maillard :
Nous sommes passés d’un observatoire de données à un acteur opérationnel. Au début,nous recueillions les RPU et nous travaillions surtout sur la qualité de la donnée en collaboration avec les établissements de santé. Ensuite, nous sommes passés à l’analyse. Aujourd’hui, nous accompagnons la structuration des filières ainsi que les établissements pour faire face aux situations dégradées.
Par exemple, dans la filière traumatologie, tous les établissements ne peuvent pas gérer tous les types de traumatismes. Nous avons donc accompagné la catégorisation des établissements selon trois niveaux (proximité, recours, expertise), défini avec eux des critères, et travaillé sur les conventions à mettre en place. Il s’agit de passer d’une logique informelle à une organisation formalisée, validée par tous.
Patricia Siguret :
Le tournant majeur, c’est l’ancrage terrain. Nous avons des équipes de gestion territoriale en lien direct avec les établissements. Cela permet de co-construire des organisations adaptées au
Quels enjeux majeurs observez-vous sur le territoire ?
Dr Laurent Maillard :
Le vieillissement de la population, l’isolement croissant, la polypathologie… tout cela complexifie la prise en charge. Certains territoires comme la Corrèze ou la Gironde sont particulièrement tendus. En parallèle, l’hôpital se spécialise de plus en plus, ce qui rend difficile la prise en charge des profils atypiques. Nous travaillons donc sur l’anticipation, la fluidité, et la régulation via le SAS et le SAMU.
Patricia Siguret :
Une vraie question aujourd’hui : certains patients doivent-ils vraiment passer par les urgences ? Nous développons des outils d’orientation, de programmation en journée, pour éviter les passages inutiles. Cela passe par une meilleure articulation entre les CPTS, les établissements et les plateformes régionales.
Quels outils ou dispositifs avez-vous mis en place récemment ?
Patricia Siguret :
Nous avons lancé Veille ORUNA, qui permet de tracer les difficultés en temps réel dans les urgences, les SMUR, les filières… Nous travaillons aussi sur Live Urgences, un outil qui donne une vision capacitaire à l’heure près via les données RPU.
Nous avons mis en place le Panorama RH, pour objectiver la démographie médicale des services d’urgences. Résultat en 2023 : un déficit confirmé de 200 praticiens à l’échelle régionale.
Dr Laurent Maillard :
Autre exemple : en filière traumatisme sévère, nous avons co-construit avec les établissements le meilleur parcours possible pour un patient, selon les niveaux d’expertise requis. Cela va jusqu’à la définition des protocoles, la qualité de la prise en charge, et l’évaluation des impacts.
Avec quels partenaires travaillez-vous ?
Patricia Siguret :
Nos premiers partenaires et utilisateurs sont les établissements, les responsables des structures d’urgences, les directions de l’offre de soins de l’ARS, les délégations départementales de l’ARS. Mais il y a en a beaucoup d’autres ! Les fédérations (FHF, FHP, FEHAP), les SDIS, les URPS dans le cadre des CPTS…
Et au national, nous collaborons avec l’ATIH, l’ANS, la DGOS, l’HAS, les GRADeS, la Cour des comptes. Sans oublier la FEDORU bien sûr.
Comment voyez-vous l’avenir de l’ORU Nouvelle-Aquitaine ?
Dr Laurent Maillard :
L’animation des réseaux territoriaux des urgences (RTU) va se renforcer. Nous allons aussi évoluer vers une évaluation systématique des filières – sur les aspects quantitatifs comme qualitatifs. Le SAS et le SAMU deviendront des plateformes centrales. Et nous n’échapperons pas à l’arrivée de l’IA dans les outils d’aide à la décision.
Patricia Siguret :
L’équipe est une vraie force. En 2013, nous étions 2 ou 3. Aujourd’hui, près de 20. Nous avons structuré nos expertises, et surtout recruté des personnes issues du terrain : du soin, de la gestion de projets, de la data. Ce lien au quotidien avec les établissements fait toute la différence. Nous ne sommes plus des observateurs : nous sommes devenus des facilitateurs pour les équipes, in fine au service des patients.
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